Journal de la construction d'une maison en botte de paille
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Un petit message pour revenir sur mon système d’isolation des fondations. J’ai reçu la fibralith, et j’ai commencé à la poser à l’extérieur de ma lisse basse, pour rattraper l’épaisseur de la botte de paille (qui fait 45cm, alors que la lisse basse ne fait que 15). Et Franck, qui est passé avec Hélène tout à l’heure, me mettait le doute en me disant qu’il pensait que la fibralith n’était pas du tout isolante.
Du coup, j’ai repris mes bouquins, et j’ai fait des petits calculs d’autant que je me demande si je vais pas utiliser la fibralith à plein d’autres endroits.
Ce qui est bizarre, c’est que dans le bouquin de terre vivante L’isolation écologiqueisolations fondations petit retour arriere, à la rubrique fibbraglo, ils disent que ça a un delta de 0,09 à 0,1 (ce qui est confirmé par le site du fabricant), tout en précisant que leur capacité d’isolation est « assez médiocre ». Or, je ne vois pas en quoi un 0,1 est assez médiocre, sachant que le boit ne fait que 0,15, et même la paille, dans le sens des fibres, ne ferait que 0,07 (je rappelle que plus le delta est petit, plus c’est isolant).
Et si je fais la somme de 15cm de fibralith+15cm de bois+15cm de liège (voir croquis), j’obtiens un R de 5,7 ce qui est pas mal. C’est un peu moins que kes 6,5 des bottes de pailles, mais on est loin du pont thermique.
isolations fondations petit retour arriere

Murs porteurs veut dire que ce sont les bottes de paille elles mêmes qui vont porter le toit et les éventuels étages, par opposition à la technique « ossature bois, remplissage paille », ou c’est l’ossature qui assure ce rôle.
Pour simplifier, c’est comme construire une maison en brique ou en parpaing, sauf que c’est avec des bottes de pailles, et qu’il n’y a pas de mortier : on empile les bottes en quinconce, en laissant l’espace pour les portes et fenêtres, et sur le haut du mur, on pose la charpente, et hop, il n’y a plus qu’à crépir. (bon, dans les faits, c’est un peu plus compliqué que ça, mais le principe est là)

Comme je le disais dans le précédent billet, je pensai au début que cette technique était réservée aux maisons de plain pied. Mais que nenni, la paille résiste très très bien à la compression, et si c’est bien fait, on peut construire des maisons de plusieurs étages. Le tout est de faire des murs bien droits, une lisse haute costaude, et d’appuyer les charges au centre du mur.

Mais malgré tout, cette technique a à mon avis quelques défauts :
– C’est plus difficile de positionner les portes et fenêtres ou on veut. Et il faut respecter une certaine proportion de murs/surfaces vitrées, car si on met trop de fenêtres/baies vitrées, il n’y aura plus assez de mur pour porter la maison. Quand on veut faire du solaire passif, c’est un peu dommage
– On ne peut pas construire le toit avant de faire les murs (remarquez, même en ossature bois, beaucoup de gens font les murs avant le toit), on est donc très sensible aux risques de pluie pendant la construction
– on n’économise pas vraiment de bois, car la lisse haute doit être très épaisse, et consomme donc beaucoup de bois.

Par contre, moyennant qu’on maîtrise bien la technique, c’est un système rapide. J’avais vu un exemple d’une maison construite en 2 jours (murs + toit). Bon, c’était une grosse équipe, genre une vingtaine de personnes, mais quand même.

C’est aussi une excellente technique pour les petits projets, genre cabane de jardin ou maisonnette.

Mais là, moi, pour une maison avec un étage, je me sentais plus à l’aise avec une ossature bois. Et je crois que la plus grande partie des auto-constructeurs en France font comme moi.

D’abord, contrairement à ce que je croyais, on peut construire tout type et taille de maison, en botte de paille. Avec une ossature, bien sûr, mais même en mur porteur.

Ensuite une maison en paille bien faite est durable. On a pas beaucoup de recul, parce que l’invention de la botte de paille date d’environ le début du XXème siècle, mais il y a une maison en botte de paille bien connue qui a été construire en 1921, et qui est en parfait état. Et puis l’utilisation de la paille dans la construction est vieille comme l’humanité, comme dans les maisons en torchis.

Je ne me suis jamais inquiété du feu (ça fait longtemps que je sais que face au feu, le métal et le béton sont les moins résistants des matériaux), mais il est quand même bon de savoir qu’une botte de paille enduite va résister au feu plusieurs heures sans brûler.

Voici donc 3 des principaux a priori négatifs qui s’envolent. Voyons maintenant les atouts de la botte de paille :
C’est super isolant. Quand on veut faire une maison basse énergie, c’est vraiment le matériau idéal. C’est isolant d’une part parce que la paille est isolante, mais en plus parce qu’on fait des murs épais : 45cm. C’est un peu comme si au lieu de mettre les 10-15cm réglementaire de laine de verre, on en mettait 45cm. C’est aussi très efficace au niveau phonique.

C’est vraiment pas cher. Une botte de paille coûte environ le même prix qu’un parpaing, mais est 4 fois plus grosse. Et puis avec le parpaing, il faut en plus payer l’isolant. Epouvanpaille a calculé qu’un mètre carré de mur en botte de paille, comprenant l’ossature, la paille, et l’enduit des 2 côtés coûtait 24 euros. Soit pour une maison de 100m2 de plain-pied, 3000 euros de matériaux pour les murs !!! Bien sûr après il faut payer le reste (fondations, toit, fenêtres, électricité, plomberie, etc), et ça fait monter la note, mais tout de même…

Ca fait des murs épais et irréguliers comme les anciennes maisons. Ca donne des embrasures de fenêtres profondes. Pour moi, c’est ce qui m’a fait préférer cette technique à une maison en bois ou en ossature bois. J’aime vraiment l’aspect des vieux mas en pierre de ma région. Ca fait maison solide, bien plantée dans le sol. C’est un goût personnel, mais pour moi, une maison, ça doit être un peu massif. Faut qu’on se sente à l’abri.

C’est quand même vachement plus sympa à manipuler qu’un parpaing ou qu’une brique. Et quand on autoconstruit, c’est quand même plus agréable de manipuler de la paille que du béton.

Et puis un détail qui a son importance, les maisons en paille sont « perspirantes » c’est à dire que l’humidité traverse les murs sans se condenser. Du coup, l’hygrométrie à l’intérieur de la maison s’équilibre beaucoup mieux. Ca ne remplace pas totalement un système d’aération, mais c’est quand même beaucoup plus sain que les maisons classiques qui sont totalement étanches, et qui n’arrêtent pas de pourrir.

Reste au final un seul défaut un peu important : la paille est très sensible à l’eau. Pas à l’humidité, comme je l’ai dit, mais à l’eau : la pluie qui tombe sur les murs, les infiltrations du sol, les fuites d’eau dans la maison. Si jamais l’eau atteint les bottes, il y a de fortes chances pour que la paille pourrisse sans qu’on s’en aperçoive. Donc il faut être très attentif à protéger la paille de cette eau. Ca passe par un crépis très épais et très bien fait, par un soin particulier à éviter les infiltrations par les fondations, et par proscrire totalement ce qui pourrait bloquer l’humidité à l’intérieur de la botte comme un crépis béton, ou un film par vapeur.
Du coup, il faut mettre un crépis très épais, qui ne coûte pas grand chose en matériaux, mais beaucoup en main d’œuvre. C’est ce qui fait qu’une maison en botte de paille construite par un professionnel ne coûtera pas moins chère qu’avec une autre technique.
Mais en autoconstruction, à condition de pouvoir compter sur un coup de main au moment des enduits, ben ça vaut vraiment le coup.

Pour en savoir plus sur les qualités techniques de la paille, je vous conseille le livre « Contruire en paille aujourd’huipourquoi construire botte paille« , chez Terre Vivante. Y’a vraiment tout ce qu’il faut dedans pour découvrir ce type de construction, et être convaincu rapidement, comme ça a été notre cas. Ensuite, pour aller plus loin, il faut des bouquins qui rentrent plus dans la technique, mais pour commencer, il est vraiment très bien.